Jeudi 19 & Vendredi 20 - En transit
Précédemment, dans Le Blog : huit personnes, qui ne se connaissent pas, ne se font pas confiance et cachent quelque chose de terrible, arrivent sur l’île perdue de Sulawesi…
« Prenons cet avion, suivez-moi ! »
« Non, Mike ! Ne mange pas ça ! »
« Prenons cette voiture, allez les gars ! »
« Non Mike ! Ne touche pas ça ! »
« Prenons ce bateau, tous avec moi ! »
« Mais qui êtes-vous réellement les Blonds ?! » « Montez dans cet avion, c’est votre dernière chance. »
« Non… »
Maintenant, dans Le Blog :
Comme d’habitude, nous nous levons dès potron-minet pour partir… en transport ! Vous le savez bien, nous sommes férus de transports… (Voir le résumé quatre lignes plus haut.)
Mais comme vous commencez à tout savoir sur les transports endémiques à l’île, nous ne vous parlerons jamais ni de l’adieu avec notre bateau de pécheurs préféré (qui nous a ramené à Ampana), ni des horribles morts que nous avons frôlés à maintes reprises en battant le record du fameux rallye Ampana-Palu.
Le point du jour : la conduite en Indonésie
Sans leurs chœurs chaotiques, sans leurs éructations permanentes, sans leur rythmes syncopés en perpétuels dialogues, les routes de ce beau pays seraient privées de leur âme… Nous parlons bien sûr des klaxons ! Fidèle ami du conducteur, il crée le "son-qui-lie", ce "tuuuut" parfois nasillard, parfois rond comme une note d'opéra qui permet aux conducteurs de vaincre la route.
Pour te permettre, lecteur, de comprendre le klaxon indonésien, il te faut d'abord désapprendre tout ce que tu sais du klaxon occidental. En Indonésie, un "tuuut" n'est pas un cri de colère mais une parole, un mot, la composante primitive et courtoise d'un dialogue. A titre d'illustration, imaginons deux voitures, l'une derrière l'autre, sur une route étroite en Sulawesi du Nord. La voiture de derrière, plus rapide, s'apprête à doubler la seconde. Un dialogue s’instaure :
- Tuuut
- Tuuut
- Tut. (une pause). Tuuuuuut.
- Tuut Tuut. Tuuuu uuut
- Tuuut tuu tuu tuut.
- Tut (pause). Tuuu tuuuuuuuuut !!
- Tuuu tuuu tuuut, fait la voiture de derrière en doublant. Une fois son dépassement terminé, elle reprend : tuuuut !
- Tuuu tuuut !
Ce dialogue, qui n'aura pas duré plus de quinze secondes, pourrait être traduit de la manière qui suit :
- Salut Roger, c'est moi Joseph ! (les noms ont été francisés pour le bien de nos lecteurs gaulois)
- Hééé, salut ! ça va ?
- Ouais nickel ! (une pause). Dis-moi, y'a moyen que je te double, là ?
- Ouais ouais pas de souci, fais-toi plaisir ! T'es à la bourre ?
- J'ai un tas de touristes français à l'arrière, ils ont faim. Tu me préviens quand je peux doubler ?
- Pas de souci ! (pause) Vas-y roule ma poule, y'a de la place !
- OK ! Attention, je double !! fait la voiture de derrière en doublant. Une fois son dépassement terminé, elle reprend : merci mec, à plus !
- Salut mon vieux, à la prochaine !
La conduite, en Indonésie, pourrait ainsi se résumer en un mot : courtoisie. Ah et puis un autre aussi : DANGER.
Point Langage :
L’indonésien est une langue si simple dans sa forme, tant au niveau de la conjugaison et de la grammaire qu’au niveau des sonorités, qu’ils ont décidé de compliqué tout ce qui concernait les salutations.
Exemples, tout est précédé de « Selamat » qui veut dire « Bonne chance » :
- le matin (entre le lever du soleil et 10h59), on dit : selamat pagi.
- le moment de manger (11h à 14h59) : selamat siang.
- l’après-midi (15h au coucher du soleil – vers 18h donc) : selamat sore (e = é).
- quand il fait noir (la moitié du temps donc) : selamat malam.
- le bonne nuit : selamat tidur (u = ou).
- quand on s’en va : selamat tingal. - quand l’autre s’en va : selamat jalan.
Il existe aussi une formule lorsque vous êtes un nombre pair dans une pièce et si au moins trois personnes ont mangé des œufs au petit dèj ou si quelqu’un sent la tomate, sauf si on est un vendredi impair ou si la moyenne d’âge des personnes présentes est supérieur à 28 ans et demi. Mais ceci est votre première leçon d’indonésien, on va pas compliquer la tâche.
Allez, un dernier pour la route : Selamat datang, « Bienvenue ».
Point Musique :
L’Indonésie est un pays de toute beauté à la culture séculaire admirable – tout routard te le dira cher lecteur. Pourtant, ces habitants font preuve d’une faute de goût dantesque lorsqu’il s’agit de musique. Tout n’est que mièvrerie gnangnan de chansons en anglais issues d’improbables groupes locaux dont les origines demeurent un mystère. Et il semble que chaque voiture ne possède en moyenne qu’un seul CD ou, pire, une seule cassette (parfois, le concerto des klaxons semble plus doux à nos oreilles que la répétition infinie de ces chansons qui sont sûrement testées ici sur nous avant d’être autorisées en enfer)…
Sans vouloir prophétiser sur l’avenir de ce gentil peuple – si gentil qu’il en parait extraterrestre – cette faiblesse socioculturelle est un grave frein à leur développement géostratégique et l’on peut même dire qu’ils ne sont pas sortis de l’auberge !
Point Boisson :
Lorsque nous revenons exténués d’une de nos terribles aventures, nous, les explorateurs blancs gros et gras et affamés, considérons mériter les meilleurs rafraîchissements qui soient en guise de récompense. De la bière en somme. Hors il s’avère que trouver de la bière dans un pays musulman (le plus grand du monde avec plus de 200 millions de croyants), qui plus est en période de Ramadan, est une épreuve sans fonds ! Depuis quelques temps, certains – ou plutôt certaine(s), face au sevrage forcé d’alcool, montrent des symptômes aggravés de delirium tremens et essayent par tous les moyens de distiller tous les fruits qui leur tombent sous la main, et ceci à l’aide d’un alambic de fortune fabriqué à base de tubas. Inexplicablement, la lotion désinfectante d’alcool pure a disparu. On vous aura prévenu, on ne voyage pas sans risques nous !
Point Guide :
Ceux qui suivent assidûment ce blog (c’est-à-dire qui prennent des acides en lisant le blog) l’auront noté, notre guide s’appelle Benyamin. Cet indonésien rangé a tous pour être qualifié de « méga-sympathique » et en plus il parle français (en tout cas beaucoup mieux que mes pieds parlent chinois). Ce qu’il y’a d’anecdotique ici, c’est que nous avons réussi à tomber pilepoil sur un chrétien, de plus catholique (la majorité de ceux-ci étant protestante – est-ce à dire que la minorité n’a pas le droit de manifester ?). Mais outre ce détail politico-religieux, être guide en Indonésie c’est pas comme chez nous. En fait, y’a un programme, mais c’est comme qui dirait pas organisé. Donc, dès que nous arrivons quelque part, Ben organise tout sur l’instant ; transport, bouffe ou imprévus. Et des imprévus on en a eu, ne revenons pas là-dessus. Ou alors, c’était prévu finalement…
Point Musique 2 :
En général il faut plusieurs heures au timide français pour se décider à casser l’ambiance et la joie du chauffeur. En essayant de se faire comprendre par force gestes mollassons et nerveux. Tout d’abord le conducteur augmente le son, croyant faire plaisir, avant de comprendre que c’est tout l’inverse. Et voici nos français heureux mais un peu honteux, surtout qu’il ne restait que vingt minutes de voyages.
On peut penser que la musique est le seul défaut des indonésiens mais à bien y réfléchir, tout ceci n’est peut-être pas un hasard. On sait que la musique influe sur les mœurs, autrement dit, s’ils n’écoutaient pas cette musique sirupeuse à faire pleurer les tarsiers, seraient-ils aussi gentils ? A choisir, aimerions-nous qu’ils soient plus humains juste pour ne plus entendre ces horreurs de l’antichambre des ténèbres ? Le choix est bien cornélien...
Samedi 21 – Avion et séparation
Aujourd’hui est une journée funeste.
La journée commençait pourtant bien ! Après une douce nuit dans un hôtel luxueux de la ville de Palu (rien à voir avec la Malaria), nous partons pour l’aéroport pour nous diriger vers le point final de notre périple octogonal, une ville que l’on connait très bien d’ailleurs pour y être passé plusieurs fois déjà : Makassar.
Nous avions beau nous être préparé à l’inévitable, aucun être humain ne peut endurer ce genre de situation sans être accablé par le chagrin et la nostalgie.
En effet, après 12 jours de communion intense avec nos amis les blonds, ceux-ci doivent aujourd’hui nous quitter et retourner (via un périple tout aussi biscornu qu’à l’aller) vers leur contrée nantaise pluvieuse et froide.
Les adieux sont déchirant et forts en émotions, nos blonds en veulent plus. J’entends encore Aurélie nous avouant ses amours pour les Tarsiers qu’elle n’aura pas eu l’occasion de voir et Jérémie s’accrochant désespérément du bout des ongles à ses compagnons d’aventure, sur le tarmac de la piste de décollage, les moteurs de l’avion rugissant, balayant les crinières de feu et séchant les larmes …
…
« Ca y est ils sont partis … ? »
« Oui ca y est … » « ……………. »
« CHAMPAGNE !!!!!! » (Musique de samba brésilienne et cotillons)
« tututtttt trriiiiii tututuuutt triiii youpiiiii » (sifflets brésiliens et cris de joie)
« Nous sommes maintenant le plus beau couple du groupe ! » s’esclaffent Migza
« Une chandelle de moins à porter !! » pleurent de joie Mike et Max
« Les comptes seront enfin simple à gérer !! » s’enquiert Tatal en gémissant
« Les indonésiens pourront enfin nous voir !! Plus de monopolisation de l’attention ! » crie Marie en sautillant gaiement.
A part ça la journée fut bien simple et habituelle, à base de voyage, d’attente et d’avion.
Nous arrivons donc dans un nouvel hôtel à Manado ce samedi soir, après avoir été refusés dans plusieurs hôtels de luxe qui n’acceptent visiblement plus les groupes d’amis sans blonds, un hôtel dont le nom résonne encore dans nos oreilles tellement il éveille ricanements et plaisanteries grivoises … hihi.
Nous vous présentons, en direct de Manado, Sulawesi, Indonésie, l’hôtel TRAVELLO ! ouééééé comment c’est rigoloooooooooo !!!! J J J
Mine de rien ce petit hôtel qui honore les hommes habillés en femme (???) s’avère très luxueux. Le raffinement des homosexuels n’est donc point une légende...
Nous retrouvons à Manado notre chauffeur-guide-ami nommé Stephen, prêt à nous faire faire le tour des environs avant notre virée sur l’île de Bunaken, ceci bien sûr gratuitement (oui oui les indonésiens ne sont pas des français). Celui-ci nous fait saliver en nous parlant d’un endroit où de drôles de petits singes pourraient hypnotiser l’homme avec des yeux démesurés, mystère mystère …
Dimanche 22 – Tarsius Ridiculus
Première journée sans les blonds : nous décidons de les honorer comme il se doit en réalisant leur rêve le plus cher : partir à la rencontre des singes les plus mignons et ridicules de l’histoire de l’évolution, j’ai nommé les Tarsiers ! (cliquer ici pour en savoir plus)
Nous nous réveillons à 9h ce matin, 9h ! rendez-vous compte de cet exploit ! Ceci uniquement pour amasser un maximum d’énergie pour affronter la jungle, attention, nous ne parlons pas de jungle où l’on peut marcher pied nus dans la boue ! Nous parlons ici d’une jungle où la nature a gagné son combat contre l’homme : une réserve naturelle au nom sauvage de … TONGKOKO ! (musique dramatisante et cris de singes stridents)
Point Aujey :
Nos amis sont en ce moment même toujours à Makassar et s’apprêtent à prendre l’avion vers Kuala Lumpur. Nous ne savons pas actuellement comment se passe leur périple blond, nous espérons qu’ils répondront à l’appel de l’internet pour nous compter leurs aventures !
Nous arrivons donc dans une sorte de gîte au bord de la réserve, armés de nos bombes anti-moustiques, de nos chaussettes anti-pythons et de nos machettes anti-tarsiers, nous enfilons des vêtements en kevlar renforcé, nous nous peinturlurons le corps de vert et de marron et nous nous enfonçons la rage au ventre dans les entrailles de la jungle sauvage de TONGKOKO ! (nouveau cris de singes plus ou moins inquiétants, on entend au loin un envol d’oiseaux géants mangeurs d’humains).
Nous suivons un ranger, qui regarde souvent en hauteur d’un œil inquiet, puis tout d’un coup il se fige ! En nous disant de stopper tout mouvement et ne plus faire de bruit avec son poing dressé, nous nous sommes préparés à ca, nous suivons les ordres et nous terrons dans les fougères empoisonnées.
Première rencontre sauvage : le python-serpent-boa-géant-à-la-texture-de-bonbon
Malgré l’envie qui nous ronge les trippes de le croquer à pleine dents, notre ranger nous ligote à des arbres pour résister à la tentation en nous expliquant qu’il ne faut pas y toucher sous peine … de MORT ! (cris de singes qui se rapprochent !)
Deuxième rencontre sauvage : les blacks-macaques à cul rose
Nous suivons désormais un deuxième ranger nommé Poppy, qui hurle dans son dialecte des choses incompréhensibles : « …. El diablo !!! ….. black muerte ! … »
Les cris de singe sont maintenant tout autour de nous, nous nous serrons les uns contre les autres, figés dans l’horreur.
Mais contre toute attente arrivent une bande de joyeux macaques, se tenant la main et dansant gaiement sur les lianes, nous faisant littéralement la fête, nous zyeutant de leur yeux frivoles et malins. Nos ancêtres nous font rire et nous aimons ça !
Troisième rencontre sauvage : Le toucan préhistorique des cimes
Encore une belle surprise que nous font nos rangers ! A travers le feuillage touffu des arbres suintant la pluie, ces derniers se figent encore une fois en pointant du doigt la cime des grands Teks. « follow us, no sound, no sound ! (suivez-nous, pas de son pas de son !) ». Aucun bruit car oui cet immense oiseau que nous essayons d’entrapercevoir est d’une timidité rare, peut-être son facies préhistorique l’a doté d’une honte ancestrale qui lui permet d’éviter tout contact avec l’humain moqueur. Mais nous le voyons là, juchée sur une haute branche dans toute sa majesté, le toucan est grandiose. Malheureusement notre photo-reporter Miguel arrive un poil trop tard, ou tout simplement en faisant un peu trop de bruit et pouf l’oiseau s’envole, nous empêchant de vous donner une image de cette magnifique rencontre.
Quatrième rencontre sauvage : Tarsius Predatorus Hypnotisus
C’est au beau milieu de la jungle, devant un arbre tri-centenaire creusé par les âges que nous nous arrêtons, riant encore de la rencontre avec les macaques noirs. Nous comprenons tout de suite que notre but est proche, nous pensons tous en ce moment à Aurélie qui comme vous le savez désormais est une fan inconditionnelle de ces choses.
Le voilà, oui enfin nous tombons nez à nez avec un Tarsier ! L’emblème national de l’Indonésie, la muse des artistes locaux et le roi-nain de la jungle. Celui-ci est si étrange que seules des photos peuvent le décrire :
Pour ceux qui se font chier à lire l’intégralité des posts, nous faisons un concours spécial pour eux ! Celui-ci est simple : Il faut donner le nombre de Tarsiers présents dans la photo ci-dessous :
Nous ne vous parlerons pas non plus d’une rencontre que nous ne ferons pas mais non moins étrange, il existerait un animal nommé couscous, doté d’une poche ventrale comme le koala, très rare à voir dans la jungle mais qui vaut son pesant d’or, nous repartons malheureusement sans connaitre la raison de ce nom attisant notre faim (poche ventrale remplie de poix chiches et de merguez ??).
Le soir venu, nous nous remémorons nos aventures de la journée avec les locaux, sirotant encore une fois de l’alcool de Palme (cette fois-ci nous n’y allons pas de main morte), badigeonnés de crème anti-moustiques, en jouant de la guitare sous la pleine lune. Nous allons nous coucher un peu éméchés, nous préparant pour le lever de soleil du lendemain matin sur la plage au sable noir.
17 Tarsiers !
RépondreSupprimerIl y a moins de monde à laisser des commentaires maintenant que les blonds sont partis... hihi
Dommage j'avais un message pour Jey : j'ai Thomas Berthe comme stagiaire ! ;)
En tout cas j'adore la vaisselle bleu et rose !!
Sinon je me demande quelle est la longueur du serpent ? 3cm ?
Et n'auriez vous pas deux places de libre maintenant ! ;)
17 effectivement
RépondreSupprimermlh
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimerBen 17 mais sans la réponse des autres j'en aurai loupé 2. J'avais un tarsier devant chaque œil.
RépondreSupprimerPar contre je ne trouve par Charlie...
Nous on en voit 18 ... et oui, vous avez oublié Mike ...
RépondreSupprimerComment ce n'est pas un Tarsier ?
Elo&Max.
ben, moi j'en voit 4 et un crapaud!
RépondreSupprimerben , j'en compte 17 aussi mais du coup je vais dire 18, pour pas copier...
RépondreSupprimersarah
Et merde... 17... Mais il y a un piège : celui qui est dans le slip de Max doit être mort (rando + humidité + transpiration = odeur mortelle).
RépondreSupprimerIl y a donc 16 Tarsiers vivants !!
Moi je vais dire 19...en fait y'a une femelle qui attend des jumeaux, mais faut avoir un œil très affuté pour le voir !
RépondreSupprimerSinon merci pour les photos travestis ! hihi
RépondreSupprimerIl y en a deux en tout cas chez qui c'est plus naturel ! ;)
salut les aventuriers,
RépondreSupprimerici soeur de max, je vous félicite pour le blog, y a pas à dire vous êtes au top!!
ça donne vraiment envie!!!et ça fait du bien à ceux qui reprennent le boulot!
je vois 16 tarsiers, mais bon j'ai dù en rater.