samedi 21 août 2010

Le 18 - L’Excursion

Désormais rompus à la vie en environnement hostile, nos huit touristes connaissent la valeur d'une nuit sur un matelas. Chaque soir, après une vérification de plus en plus succinte de la présence d'animaux hostiles dans leur lit, ils s'étendent avec ravissement sur leur couchage rendu poisseux par l'accumulation de substances aussi diverses que le sable, la crème solaire, la sueur, l'anti-moustique et le sang à demi séché à peine sorti des blessures de la journée.







Après une nuit paisible, à peine perturbée par les craquements du bois et le clapotis de l'eau, nos huit occidentaux se lèvent, comme à leur habitude, avec le soleil. Le petit déjeuner est frugal : des morceaux de banane, des petits gâteaux à la cannelle et de la papaye qui, de l'avis de certains, n'a "presque pas goût de vomi" (ce qui est probablement un signe d'hallucination olfactive, car comme cacun le sait, la papaye sent le vomi, même au paradis).



Le bâteau qu'ils ont affreté pour l'équivalent de trois semaines d'un salaire indonésien de base (800 000 rupiahs) les attend sur le ponton. Objectif de la journée : faire les touristes au-delà de leur ile, là où aucun Français n'a mis les pieds depuis moins de 12 heures (puisqu'on vous dit que ce sont des aventuriers !). Pendant près de trois heures, le capitaine Pahasatu -- un homme à la mine patibulaire, amputé d'un pouce mais doté de 5 femmes (probablement pour compenser) -- les mène (en bâteau, donc) vers leur destination. A fond de cale ou en bout de proue, nos experts en aventure perfectionnent leur talent de tueurs de temps.



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Le point du jour : comment tuer le temps en Indonésie
Vu la topographie du pays (17 000 îles, un tas de volcans sur chacune, et des routes déglinguées pour les traverser) ainsi que la performance des moyens de transport et leur conception très élastique de la ponctualité, seul celui qui sait tuer le temps a des chances de survivre en Indonésie. Voici pour vous, lecteurs, les 5 méthodes les plus éprouvées pour tuer le temps en tout sérénité.

a) attendre. C'est la méthode favorite des Indonésiens (ax-aequo avec regarder son portable). Elle consiste à trouver un lieu approprié, à peu près confortable, depuis lequel vous pourrez regarder les choses qui se passent devant vous (quelle qu'elles soient). Exemple : une plage, un tronc d'arbre, un hamac, un ponton, une proue de bateau. Une fois que vous êtes bien en place (attention à la position de vos fesses, elles doivent être capable de supporter votre poids pendant plusieurs heures), vous n'avez plus qu'à regarder l'horizon, ou tout autre chose qui se passe devant vous, et à attendre. Les experts sont capables de patienter ainsi pendant près de 12 heures.

b) regarder son portable. Autre méthode imparable largement éprouvée par les Indonésiens, cette activité consiste à prendre son portable dans une main et à le regarder pendant plusieurs heures, en appuyant parfois sur les touches du clavier. On peut noter que cette méthode se rapproche beaucoup de celle plus moderne qui consiste à "faire de l'iPhone".

c) lire un livre. Méthode très prisée des touristes, la lecture est un tue-temps extrêmement efficace, pour peu qu'on ait pensé à emmener un livre (ou un super picsou géant, tout autre forme de BD étant proscrite). Il est intéressant de noter qu'elle peut être pratiquée en complément de la méthode n°1 (attendre). Attention cependant, cette activité peut créer une forte dépendance (dernier exemple clinique en Indonésie : Marie H., une touriste française retrouvée en train de lire ses étiquettes de vêtements, elle venait d'épuiser les 35 livres emmenés par ses compagnons de voyages et avait besoin de sa dose quotidienne).

d) dormir. Universelle par excellence, la sieste est une méthode d'une efficacité hors du commun. Contrairement aux pays au climat tempéré comme la France, il est possible de dormir dans les pays tropicaux à n'importe quel moment de la journée, même si vous êtes en pleine forme et que vous sortez d’une nuit de 15h. Il suffit de trouver un emplacement calme, si possible aéré, et de fermer les yeux. En règle général, si l'un de vos compagnons de voyage ne vous a pas marché sur le bras en essayant de récupérer son Super Picsou Géant, plusieurs heures se seront écoulés quand vous ouvrirez à nouveau les yeux.

e) "faire" de l'iPhone. Réservée au geeks fortunés, cette activité reste encore assez mystérieuse. Vous savez généralement que quelqu'un "fait de l'iPhone" quand 1) il a un iPhone entre les mains 2) il fait bouger de manière convulsive ses doigts sur l'écran de l'appareil et 3) il laisse échapper des petits cris nerveux de temps à autres. Des études cliniques sont actuellement en cours pour percer les mystères de cette activité. Une chose est sûre, cependant, celui qui s'y adonne semble perdre toute notion du temps.

e) parler avec ses amis. Quasiment éteinte aujourd'hui, cette activité consiste à se rassembler avec ses amis et à se raconter des choses : histoires, anecdotes, vacheries ou toute autre sujet échangé par le biais d'un dialogue (ou d'un monologue, auquel cas les amis en question disparaissent généralement assez vite). Cette méthode souffre d'un faible rapport énergie / efficacité, la dépense d'énergie nécessaire pour trouver un sujet de conversation étant supérieure au temps de conversation généré par ledit sujet, elle a été abandonnée au fil des siècles par les méthodes citées précédemment, beaucoup plus efficaces.



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Ayant pratiqué avec une patience toute indonésienne l'ensemble des techniques de tuage de temps, nos voyageurs, plus zen qu'une procession de moines bouddhistes, arrivent finalement à leur première destination : l'atoll. Derrière ce nom aux sonorités paradisiaques se cache un dougnut coralien géant planqué derrière une minuscule bande de sable. En quelques minutes, nos huits snorkellers sautent du bateau et explorent les fonds sous-marins. Leurs cris enthousiastes ne tardent pas à ricocher sur l'eau : "C'est trop beau !", "c'est trop chouette !", "le corail est top !", "j'ai vu plein de poissons !", "quoi, vous avez pas vu ce scorpion de mer à tête de perroquet qui se battait contre un nudiserpent strié à pois bleus ?".



Le bateau finit par reprendre sa route et, après de nouvelles heures tuées selon les normes indonésienes, nos huit touristes jettent l'ancre dans un paysage à couper le souffle, à proximité d'un village Bajo, des pêcheurs autrefois nomades qui se sont établis au bord de l'eau et qui apprennent à leurs enfants à conduire des pirogues dès l'âge de 2 ans (Miguel soupçonne une ruse du Ministère du Tourisme indonésien qui ferait naviguer des navires téléguidés remplis d'enfants pour émouvoir les touristes).



Rougis par le soleil, nos touristes français rencontrent d'autres touristes français qui leur expliquent comment un autre touriste français (décidément) s'est empalé le tibia jusqu'à l'os sur un ponton qui mène au village. C'est un petit peu leur Mike à eux, il en faut un dans chaque groupe sinon tout le monde s'ennuierait.



Quand ils posent le pied dans le village Bajo, nos huit intrépides "Mister and Misses" s'attendent à tout, sauf à ça : une horde d'enfants, vêtus de T-shirt Bob l'éponge ou Motley Crue, les attendent de pied ferme. Ils s'en prennent immédiatement à Miguel et à son appareil démesuré, en exigeant d'être pris en photo contre un sourire, puis ils se ruent sur Maxime et l'encerclent jusqu'à le mettre à terre. Ils repèrent vite en Mike le sportif du groupe et l’obligent à rejoindre leur équipe de lancer de noix de coco. Tout ce que nos huit apprentis aventuriers ramènent de leur épopée dans le village, ce sont ces photos qui témoignent de l’extrême violence de la rencontre.













Quelques heures plus tard, sur une plage déserte, la dernière épreuve d’immunité est annulée pour cause d’installation soit-disant défectueuse. En effet, les ingénieurs Tatal et Miguel se sont habitués aux normes de sécurité indonésienne et la production n’a pas voulu assumer un tel risque. Dommage, le parcours avait l’air prometteur !





Le soir même, pour leur dernier dîner au paradis, ils ont droit à une grosse platrée de pâtes, et rien n’aurait pu les rendre plus heureux.










3 commentaires:

  1. Toujours aussi paradisiaque...pas de sang, de blessé, de pieds nus dans cet épisode...dommage, on s'y était habitué !

    PS : après le "e", c'est "f" !

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  2. Pour le sondage pour une fois c'est pas moi !!!
    En plus j'aurai bien aimé voir des photos de Miguel dans le maillot de bains d'Elsa .... :s !!!
    En tout cas on vous envie pas ! La plage de Saint Brévin est plus jolie entre les nappes de donges et hier soir nous avons pu voir le festival pyrotechnique !!!
    Bon courage à tous ! ;)

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  3. Romain aurait dû préciser non pas le festival pyrotechnique, mais plutôt le remake de l'exode de 'la guerre des mondes' !
    Je suis quand même deg' d'avoir perdu le jeu concours à moins d'une minute près (ça m'apprendra à me relire avant de poster!!).
    Quand aux photos... on sent plus le côté "vacances" que "défi". Et que la lecture s'amenuise au fil des attentes... ;)
    PS : je rejoins par contre Romain, j'attends des photos travestis !!

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